Comment réactiver

Réactivation, un effort incontournable

Selon H. Roediger et M. McDaniel, dans leur livre "Mets toi ça dans la tête", l'apprentissage se déroule en trois étapes au moins :

  • L'encodage initial

  • Le stockage et la consolidation

  • La réactivation

L'encodage initial c'est la transcription de l'information que nous recevons, dans la mémoire de travail aussi appelée mémoire à court terme. On peut par exemple faire appelle à cette mémoire de travail en répondant à la question « quelle est le dernier mot que je viens de lire ? », mais cette mémoire à court terme n'est capable de manipuler que quelques items durant un temps limité (typiquement 0 à 30s). Il va donc falloir soit perdre des informations soit les stocker dans une zone capable d'une mémorisation à plus long terme. Le transfère des informations de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme constitue le stockage, mais stocker ne suffit pas, il faut pouvoir accéder à l'information au moment voulu. Une information qui serait stockée dans la mémoire à long terme mais qui serait inaccessible quand nous en avons besoin serait inutile. C'est au moment ou nous nous cherchons nos clés qu'on a besoin de savoir où elles sont, pas le lendemain. Afin d'accéder aux informations stockées dans la mémoire à long terme il faut aussi avoir un chemin d'accès à ces informations, c'est la consolidation. La consolidation réorganise et stabilise les traces mnésiques, leur donne du sens et établit des liens avec les expériences passées et d'autres connaissances déjà stockées dans la mémoire à long terme, facilitant l'accès à l'information. Certains parlent de « poignées mémorielles » comme image de cette possibilité d'accès à l'information en l'attrapant par sa poignée et en ramenant à nous toute la valise d'information derrière cette poignée. Mais pour que cette consolidation se renforce il faut régulièrement faire l'effort d'aller chercher dans la mémoire à long terme les informations dont on souhaite se souvenir et les ramener dans la mémoire à court terme c'est La réactivation (ou processus de récupération) qui actualise les apprentissages.

Les trois étapes de l'apprentissage

La réactivation est aussi appelée récupération ou remémoration, c'est un effort mental pour aller rechercher l'information et la faire sortir du cerveau pour la transcrire en mots, en phrases, en graphiques sous forme écrite ou parlée. Ce qui est important de percevoir ici c'est que cet effort va consolider, adapter la mémoire que nous sommes en train de forger, lui donner un sens en la reliant à nos connaissances préalables. Ces liens établis avec ce que nous connaissons déjà et le sens que nous donnons à ces informations nouvelles, vont augmenter notre capacité à récupérer cette information plus tard.

L'apprentissage se construit sur un socle de connaissances préexistantes. Nous interprétons et mémorisons les événements en construisant des liens avec ce que nous savons déjà.

Réactivation ou remémoration : un outil simple, puissant et contre intuitif

Se tester pour réactiver

L'effort mental de réactivation est nécessaire à la consolidation du contenu réactivé, il renforce les chemins neuronaux qui s'activent à l'évocation de la question. La réactivation est moins chronophage et plus efficace que les multiples relectures d'un cours en préparation du prochain devoir surveillé. Il vaut mieux réactiver que relire, il vaut mieux réactiver que surligner, il vaut mieux réactiver que recopier.

Le processus de réactivation est plus fécond lorsqu'il n'est pas perçu comme une évaluation notée, lorsqu'il prend place dans une atmosphère positive, lorsque l'enjeu est nul ou faible en terme de résultats chiffrés (les notes). Ce processus est également connu sous le nom de "testing effect" dans la littérature.

Réactiver est une activité qu'il est possible de mettre en oeuvre partout. Je me teste en essayant de répondre aux questions relatives à mes apprentissages en cours. Quelques exemples :

  • Dans les transports en commun : « Quel est le contenu du dernier cours de thermodynamique ?». Ma réponse, en moins de vingt secondes, s'adresse à un de mes collègues de promotion qui était absent à ce dernier cours.

  • En allant me restaurer, je marche pendant cinq minutes : « Quel est le nom donné à la notion de dérivée pour les fonctions à plusieurs variables ? ». Ma réponse s'adresse au prof de math qui me demande ce nom.

  • A mon bureau de travail : « J'ai réussi à refaire le dernier exercice. Quelles sont les étapes que j'ai franchies pour le résoudre ?», ma réponse se fait sans support écrit, je n'ai accès qu'au contenu de ma mémoire.

  • Dans mon lit : « Comment se décompose mon mouvement lorsque je descends des escaliers avec un VTT ? ». Ma réponse s'adresse à mon petit cousin de 13 ans qui débute en VTT

  • Au début d'un cours : « Quels étaient les points abordés lors du dernier cours », ma réponse sera écrite sur une feuille blanche à mon attention

  • En révision pour un examen, vous pensez maîtriser un exercice :« Inventez une variante de cet exercice en modifiant un paramètre » ou ce qui revient au même « Que se passerait-il si ce n'est plus la température qui augmente mais la pression qui diminue ? »

Un élément important et commun à toutes ces questions est que la réponse se construit uniquement en accédant au contenu de ma mémoire sans aucun support à ma disposition (note de cours, polycopié, site web, collègue, etc.). Cette absence de support à priori est caractéristique de la réactivation. Il est possible d'utiliser un support mais seulement après une phase d'essais, une phase d'efforts, une phase de frustration durant laquelle la réactivation a lieu, sinon ce n'est plus de la réactivation mais de la relecture.

Elaborer des liens

Pour donner du sens à l'apprentissage, élaborez des liens

L'élaboration est un outil qui consiste à créer des liens entre ce que je suis en train d'apprendre et ce que je connais déjà. Cette élaboration de liens renforce les connexions neuronales pertinentes pour un apprentissage en cours (ma cible) mais le relie à d'autres éléments présents dans la mémoire à long terme. Ces liens donnent plus de sens à l'apprentissage et faciliteront l'accès à ce nouveau savoir qui fera partie d'un réseau de connaissances. L'accès à ce savoir sera plus facile s'il est en lien avec d'autres éléments de déjà consolidés dans la mémoire à long terme.

L'élaboration consiste à créer des liens avec ce que je sais déjà

Cette élaboration de lien est une forme de réactivation à partir du moment ou je n'utilise aucun support (notes de cours, site web etc.) pour faire ces liens. J'élabore ces liens en faisant un effort pour formuler des phrases comme :

  • "Ça ressemble à ..."

  • "Ça me fait penser à ..."

  • "C'est comme ce que l'on à déjà vu avec ...."

  • "C'est comme si .... mais en remplaçant .... par ..."

Expliquer et argumenter

Pour apprendre, j'explique ce que j'apprends

Si vous avez déjà expliqué à quelqu'un la résolution d'un problème, vous avez parfois ressenti un blocage dans ce qui vous semblait pourtant facile à détailler. Ce blocage s'est peut-être produit de lui-même ou a été déclenché par un contra argument de votre interlocuteur. A un moment de votre explication vous vous avez dû vous arrêter pour dire "ah, mais non, c'est pas comme ça .... je pensais que c'était dans cet ordre là mais il faut inverser les étapes ... Ah oui c'est mieux dans ce sens" . Vous avez fait l'expérience de générer une explication, en développement des arguments et cette génération sans support extérieur permet de consolider ce qui est déjà connu et de détecter ce qui n'est pas encore maîtrisé.

Les enseignants sont des spécialistes en la matière. Ils expliquent constamment des concepts, des schémas, ils détaillent des idées et des procédures et répondent à des questions. S'ils ne sont pas trop mauvais ils peuvent souvent générer une réponse sans aucun support à leur disposition et s'ils sont honnêtes il leur arrive de reconnaître un blocage. Ils sont en permanence dans un processus de réactivation par explication et argumentation en cherchant aussi à donner du sens à leur propos.

La génération : je génère une explication et j'argumente mon point de vue sans support extérieur (notes de cours)

Les bienfaits de l'argumentation

Le psychologue Willingham Daniel a une belle formule pour parler de la mémoire, comment elle se constitue et le lien qu'elle entretient avec la pensée : « Memory is the residue of thought ».

Quand les étudiants argumentent entre eux sur tel ou tel point du cours, ils réactivent et doivent formuler des arguments pour défendre leur point de vue, ils essaient de convaincre et ils évaluent la pertinence de se laisser convaincre, ils tentent de relier ce qu'ils apprennent à ce qu'il connaissent déjà. L'effort produit c'est l'effort de penser (thought) pour aller chercher des infos des explications, relier l'objet d'étude à ce que nous savons déjà (les fameux c'est comme si), faire des associations et utiliser nos propres termes. Les traces (residue) laissées par ces efforts de pensée, renforcent notre capacité à nous souvenir plus tard (memory). Nous pourrons ensuite nous appuyer sur nos connaissances présentes en mémoire pour développer une pensée critique (thought).

On a tendance à valoriser la pensée (critique, créative, de haut vol) par rapport à la mémorisation qui ne serait que le parent pauvre de notre activité cognitive. "Memory is the residue of thought" nous rappelle qu'une pensée ne peut s'exercer que sur des objets déjà présents en mémoire qui eux mêmes sont les résidus de nos pensées.